A propos du Domaine de Bort
Une histoire de famille
La seigneurie de BORT, issue du partage d'un domaine plus important au XVème siècle, est restée longtemps un domaine modeste, subsistant grâce à quelques maigres redevances seigneuriales. Plusieurs fois transmise par les femmes, elle est entrée dans notre famille en 1783 par son acquisition par Léonard MURET.
Au milieu du 19ème siècle, son arrière-petit-fils, Pierre-Edmond TEISSERENC de BORT, transforme complètement le château, l'agrandit et le modernise.
Il faut dire que les troubles de 1848 ont donné lieu à quelques attaques de châteaux. Ecoutons le récit du maire d'Ambazac, cité par Alain Corbin dans son ouvrage "Archaïsme et modernité en Limousin au XIXe siècle".
"A Bort, 200 ou 250 individus, avec quelques femmes, armés de fusils, de faux, de haches, etc. ont forcé l'entrée de la maison, l'ont saccagée, ont brisé les meubles, ont bu tout le vin, ont mangé tout le pain, ont pris le sucre, le lard, toutes les provisions qui leur sont tombées sous la main ; ont cassé les tuiles et arraché les girouettes ; ont essayé de forcer le régisseur à les suivre...".
Il est probable que ces événements, qui ont laissé Bort dévasté, ont conduit Pierre-Edmond Teisserenc de Bort à utiliser ses compétences d'ingénieur polytechnicien pour reconstruire Bort. Il entreprend des travaux très importants qui dureront une dizaine d'années et réalise un château caractéristique du style "néo-gothique".
Malheureusement, ces travaux, sans doute menés trop rapidement, aboutissent à la construction d'une vaste demeure incommode, difficile à vivre et très difficile à entretenir.
Son arrière-petit-fils Edmond de Sèze et son épouse Marie-Florise furent les premiers à y habiter de façon permanente à partir de 1948, et entreprirent dans les années 59/62 de très importants travaux destinés à permettre à Bort d'affronter les siècles.
Mais Bort ne peut se concevoir sans son domaine. C'est aussi l'œuvre de Pierre-Edmond TEISSERENC de BORT.
Ce polytechnicien, député, ministre de l'Agriculture sous plusieurs gouvernements THIERS, ambassadeur de France à Vienne, industriel, grand spécialiste et promoteur du Chemin de Fer, se retira à Bort, pendant une période d'inactivité politique.
Il acquiert systématiquement toutes les terres environnantes, entreprend de moderniser l'agriculture en créant une ferme modèle destinée à servir d'exemple à ses fermiers et métayers. Il est de ceux qui, en créant des concours agricoles, contribuent à sauver et à promouvoir la race bovine limousine.
Il s'attache à développer les landes et les zones humides dont le domaine de BORT regorge. Il a entrepris la plantation de pins sylvestres dont les descendants se trouvent encore aujourd'hui à Bort.
Il planta les premiers Douglas introduits en France, qui lui furent offerts lorsqu'il était ministre de l'agriculture.
Son fils Edmond Teisserenc de Bort poursuivra son œuvre, ainsi que sa petite fille, Hermine TEISSERENC de BORT, qui épousera Louis de SEZE en 1922.
Arrivé à BORT en 1947, Edmond de SEZE poursuit une carrière d'agriculteur avant de se reconvertir progressivement dans la sylviculture.
Les fermiers et métayers de Bort partent les uns après les autres, ce qui conduit Edmond de SEZE à gérer directement l'ensemble du domaine.
Après deux échecs sanitaires, il est contraint d'abandonner l'élevage bovin qui a fait la fierté de Bort pendant des décennies.
Il se tourne alors vers l'élevage ovin en plein air, qu'il contribue à promouvoir dans la région de Limoges, à l'instar des éleveurs de Bellac et de Montmorillon. Ce type d'élevage et de pratique nécessite moins de main d'œuvre que d'autres formes de production.
Parallèlement à cette activité d'élevage ovin, Edmond de SEZE entreprend très tôt, dès les années 1950, de restaurer les espaces boisés de Bort, fortement dégradés par des années d'abandon total et d'exploitation inconsidérée pendant la guerre.
Il se lance dans la sylviculture des résineux et remplace progressivement les taillis pauvres, exploités pour le bois de chauffage par les voisins, par des plantations d'épicéas, de pins et timidement de douglas, dont la sylviculture en France est encore peu connue.
Bort devient alors un terrain d'expérimentation pour toutes sortes d'essences, de pratiques sylvicoles et de techniques de gestion.
L'entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché Commun provoque l'effondrement du prix du mouton limousin et Edmond de SEZE décide d'orienter résolument le domaine de Bort vers la forêt.
Au fur et à mesure des départs en retraite des différents bergers, les terres libérées du pâturage ovin sont régulièrement reboisées en tenant compte de l'expérience acquise au cours des années précédentes.
A la fin des années 80, il n'y a plus de moutons sur le territoire de Bort, dont seule une très petite partie reste cultivée.
Les quatre cinquièmes de Bort sont désormais couverts par une forêt composée à 52% de feuillus (chênes, chênes rouges, tulipiers, hêtres, châtaigniers, aulnes, etc.), mais aussi de conifères (douglas, mélèzes, épicéas, pins, etc.), encore jeune, mais soigneusement entretenue, percée de nombreux chemins, agrémentée d'une quinzaine d'étangs dont la location apporte une petite rentrée d'argent régulière, bienvenue dans une période encore vouée à l'investissement.
Malgré un sol très pauvre pour l'agriculture, peu profond et souvent gorgé d'eau en hiver, la forêt trouve des conditions de vie favorables et prospère. Le douglas y pousse harmonieusement, sans compter les mélèzes et les chênes rouges qui ont été introduits en grand nombre au cours des vingt dernières années.
Le plan de gestion prévoyait qu'à son échéance en 2005, les premières plantations réalisées quelque cinquante ans plus tôt pourraient entrer en production.
C'est alors que l'ouragan Martin est arrivé en décembre 1999, et que les deux tiers des bois de Bort ont été abattus, broyés, mis à terre..
A partir de janvier 2000, ce sont eux qui reprennent la gestion du domaine. Ils entreprendront d'importants travaux avec l'aide de l'Etat, pour dégager les parcelles encore encombrées des restes des difficiles récoltes de bois endommagées par la tempête, et pour replanter. Après 3 années d'un travail acharné, la forêt de Bort sera entièrement reconstituée et certifiée PEFC, illustrant la gestion durable qui y est pratiquée.
L'agriculture à Bort consiste aujourd'hui en la production de châtaignes en agriculture biologiques et certifiées HVE (Haute Valeur Environnementale) sur une dizaine d'hectares.
Il y a également des grandes cultures sur 30 hectares et une production de foin sur 20 hectares.
En 2024, des arbres de Noël ont été plantés sur 2 hectares. L'objectif est de proposer aux habitants de la région des sapins de Noël en vente directe sur place à partir de 2028. Les familles pourront ainsi choisir leur arbre sur place, dont la fraicheur sera ainsi garantie.
L'ensemble de la surface agricole de Bort et des activités qui y sont menées sont certifiées AB agriculture biologique.
Les activités touristiques ont commencé à s'implanter lentement à Bort dans les années 70, avec l'ouverture par Edmond et Marie-Florise de 2 gîtes ruraux labellisés : Le Jardin et l'Orangerie.
En 2007, Marc-Antoine et Sylvie réhabilitent un bâtiment agricole dans l'ancienne réserve agricole et y créent 2 gîtes : le Bûcher et la Volière.
L'ensemble de la surface agricole de Bort et des activités qui y sont menées sont certifiées AB agriculture biologique.
Depuis 2018, la 10e génération s'implique fortement dans le domaine, puisque Romain et Maëlis sont venus s'installer définitivement avec leurs enfants sur place.
Après plusieurs mois de travaux, ils ont ouvert des chambres d'hôtes du château en collaboration avec la génération précédente.
Ils ont également lancé l'ouverture du château et du parc aux visiteurs, ainsi que des activités d'accueil de séminaires et d'événements d'entreprises.
C'est ainsi que la première participation aux Journées européennes du patrimoine a eu lieu en septembre 2018 et que depuis, nous vous accueillons régulièrement pour des visites en été ou lors d'événements particuliers (voir la rubrique " visites ").